Revue Histoire Urbaine
Histoire environnementale de Paris 2026/1 n° 75
Ce dossier propose d’interroger la « nature » de la capitale parisienne entre la fin du xviiie siècle et le début du xxe siècle. Paris partage alors avec Chicago certains traits essentiels qui en font, elle aussi, une « métropole de la nature » : concentration de capitaux, importance des infrastructures techniques, capacité à capter et à redistribuer des ressources proches ou lointaines. Mais elle s’en distingue par la densité et la diversité de ses fonctions politiques, sociales et culturelles. Ces activités modifient profondément la manière dont la nature est mise en circulation, mise en savoir et mise en ordre. Dès l’entre-deux-guerres, Walter Benjamin décrivait Paris comme la « capitale du xixe siècle » : une ville à la fois utopique et aliénante, où se cristallisent les contradictions du progrès, où l’élan vers la liberté cohabite avec la mise en marchandise et en spectacle d’à peu près tout. Récemment, Christophe Charle a prolongé cette réflexion en qualifiant Paris de « capitales des xixe siècles », avec un double pluriel. Foyer d’une « modernité » inaboutie et conflictuelle, Paris est un lieu d’affrontement constant entre des populations et des formes de vie différentes, qui se déploient dans des temporalités et des mondes distincts. Dans la continuité de ces réflexions, ce dossier propose d’infléchir les termes de Cronon pour interroger Paris, comme une « capitale de la nature ».