Une histoire des gardiens de la révolution

De 1980 à nos jours

Histoire

"Armée paraétatique", "garde prétorienne", organisation idéologique ou terroriste... Le corps des gardiens de la révolution islamique, formé lors des premiers mois de la République islamique en avril 1979, est dépeint dans bien des analyses contemporaines comme une armée monolithique, définie par sa corruption et son aversion quasi dogmatique à l'égard de l'Occident.
Dans cet essai, Sophia Mahroug retrace, à  rebours d'une lecture figée d'un corps ordonné et désincarné, l'histoire d'une légion plurielle - dont l'ossature, les hommes et les fractures restaient jusqu'alors méconnus. Elle décrit comment, à  partir de sa culture de la «  défense sacrée » (Defa'-e moqaddas), ce corps a été érigé par la propagande en armée divine. Grâce à une enquête historienne inédite du Web et une traduction du persan de la littérature scientifique des gardiens, elle expose comment ceux-là  ont puisé dans ce récit pour forger leurs propres institutions culturelles et leur doctrine de guerre douce (jang-e narm) face à  l'Occident. Elle fait émerger enfin une sociologie bigarrée de petits fonctionnaires devenus archivistes, de technocrates obsédés par l'ascension professionnelle et d'élites militaires théoriciennes de la guerre informationnelle.