Question représentée par un point d'interrogation
Appel à communication

Doctoriales du Centre d’Histoire du XIXe Siècle 2026

Sujet thématique
Cultures et représentations militaires dans l’espace méditerranéen, 1798-1918

Sujet méthodologique
Faire l’histoire de la fraude et des escrocs au XIXe- premier XXe siècle

 

Appel à communications

Doctoriales du Centre d’Histoire du XIXe Siècle 2026 Paris 1 Panthéon Sorbonne

 

Sujet thématique

 

Cultures et représentations militaires dans l’espace méditerranéen, 1798-1918

 

 Toute étude culturelle consacrée à la mer Méditerranée suppose d’envisager cet espace clos comme une aire de contacts, de rencontres et d’hybridations, façonnée par les circulations économiques, sociales et politiques qui en connectèrent les rivages de manière certes précoce, mais aussi différée, selon les sous-espaces et les types d’interactions concernés1. Relativement marginalisé au cours de l’époque moderne par les horizons atlantiques et pacifiques qui détournèrent une partie des flux globaux du bassin méditerranéen, cet espace se redéfinit profondément durant le XIXe siècle (1798-1918) et regagne alors une place centrale sur la scène internationale, tandis que se complexifient les relations diplomatiques entre les États côtiers2. Ce changement de paradigme entraîne la révision des modèles militaires méditerranéens, mais également une évolution des représentations, mentales et iconographiques, des armées dans la société, à travers un imaginaire nationaliste inédit.

L’expédition d’Égypte de 1798 constitue dans ce cadre une porte d’entrée pertinente, car son projet colonial3 est empreint d’une idéologie révolutionnaire venue de la partie septentrionale de la Méditerranée, dont la diffusion au Proche-Orient est assurée par une confrontation. Elle contribue à accélérer des recompositions dans l’Empire ottoman, des régences d’Afrique du Nord à l’Égypte rivale de Mehemet Ali et ses successeurs, révélant des enjeux de modernisation militaire au nom d’un progrès devenu nécessaire pour rattraper le retard technique du monde islamique sur l’Europe, tant débattu par les penseurs de la renaissance arabe (nahda). La fin du corps des janissaires en 1826 et la refonte des armées turco-arabes sur un modèle européen se réalisent dans des États toujours plus centralisés, en pleine redéfinition de la question des nationalités4. Non sans contestations5, la réorganisation ottomane (tanzimat) marqua ces changements sur le long terme6, influençant réflexions et publications des militaires, engagés ou conscrits, dans leur engagement pour le pays, atteignant leur polarisation maximale lors de la Grande Guerre et de la grande révolte arabe de 19167.

En retour, elle marque un renforcement des ambitions expansionnistes des Européens vers ces espaces, ainsi qu’un goût prononcé pour les cultures orientales — dans leur acception large — qui percole notamment, mais pas uniquement, dans la manière dont les imaginaires se représentent le fait militaire en contexte méditerranéen. C’est ce processus de « fossilisation8 » des représentations culturelles, de leurs mouvements ou de leur stabilité, qui tend ici à nous intéresser. Ceci est particulièrement visible dans les forces armées coloniales issues d’un recrutement métropolitain, mais également chez les forces auxiliaires recrutées dans les colonies9.

Ainsi, travailler dans ce contexte sur les cultures et représentations militaires, différentes d’une rive à l’autre de la Méditerranée, partagées ou sous influence selon la conjoncture internationale, des côtes espagnoles au canal de Suez, en passant par la péninsule italienne, permet d’étudier les processus de construction des identités. Ce sujet invite donc à privilégier une approche comparatiste et connectée pour étudier l’ensemble des valeurs et pratiques communes qui définissent l’identité des combattants, leurs modalités d’existence, et les codes sociaux auxquels ils doivent se soumettre, afin de mesurer le degré de pénétration que les modèles militaires européens ont pu atteindre dans l’aire d’influence ottomane et l’Afrique précoloniale, mais aussi la porosité des pays du Nord de la Méditerranée aux cultures extra-européennes, ou encore les influences à l’échelle intra-impériales et régionales10. Nous serons par ailleurs attentifs aux propositions mettant en avant une histoire iconographique de ces influences.

Pour ce faire, les communications s’attacheront soit à étudier différents modèles militaires qui bordent la Méditerranée pour permettre une comparaison aux termes des échanges, soit à suivre une approche directement comparatiste dans leur proposition pour comprendre quels processus sont à l’œuvre dans les constructions culturelles du fait militaire au sein de cet espace. Ainsi, on aura soin d’étudier les influences concrètes ou informelles, les phénomènes d’imitation et d’interprétation unilatéraux ou réciproques, les contestations, redéfinitions, ruptures, continuités, originalités et permanences au sein des composantes du fait militaire méditerranéen. Ces consignes s’articulent en axes, qui ne sont pour autant pas exclusifs et peuvent être dépassés :

 

Axe 1 : L’armée comme institution et comme groupe social incluant :

 

●       Les modes de recrutement et les carrières.

●       L’administration et les règlements.

●       La discipline et l’instruction militaire.

 

Axe 2 : Les aspects symboliques et anthropologiques incluant :

 

●       L’habillement et la fluctuation des influences vestimentaires.

●       Les dimensions émotionnelles quant au fait guerrier, et notamment le rapport à la mort.

 

Axe 3 : Les imaginaires liés aux militaires des espaces méditerranéens, incluant :

 

●       La littérature émanant des militaires, ou traitant de ces derniers, notamment en métropole.

●       L’art et les productions iconographiques vantant ou critiquant ces groupes.

●       Les sources textuelles et correspondances évoquant une vie intime et les transferts culturels à l’échelle humaine au sein de ces espaces.

 

Sujet méthodologique

Faire l’histoire de la fraude et des escrocs au XIXe- premier XXe siècle

 

 Alors que 2025 voit l’organisation de plusieurs manifestations scientifiques ou muséales sur le thème de la falsification, les Doctoriales du Centre d’Histoire du XIXe siècle tiennent à prolonger cette dynamique en 2026, en proposant un thème explorant le monde des escrocs par les représentations mentales et les imaginaires que l’on a d’eux. Le musée de Cluny, qui explore la tendance de recréation d’artefacts médiévaux au XIXe siècle et leurs contrefaçons, propose la mise en lumière à travers les époques d’une politique culturelle du faux. Celle-ci, alimentée à la fois par un fantasme médiéval peu réaliste, mais également par un amour de la « bibeloterie »11 de la part des collectionneurs, donne naissance à un marché très lucratif. Le SIRICE12, par l’organisation de sa journée d’études sur le thème de la falsification, tend à interroger le faux comme un objet dont l’agentivité traverse les espaces sociaux et mentaux avec des conséquences à la fois sur le tissu culturel et financier, mais aussi social ou politique. Enfin, les Archives nationales, prenant également comme départ le Moyen- Âge, permettent, par leur exposition, une mise en lumière du rôle du triptyque “faussaire- expert-dupé”13. A la fois mensonge et fabrication, le faux est alors la façade d’un délitement plus profond de la confiance en la vérité.

La méthodologie que nous souhaitons interroger ici ne se démarque pas fondamentalement de ces deux approches, dont nous gardons l’esprit de pluridisciplinarité, mais tient à étudier l’escroquerie à la lumière des personnages qui les commettent. De façon à correctement définir les termes de notre approche, nous entendons par faussaire le créateur, via l’acte de forgerie, du faux et de l’objet de duperie. Il est par ailleurs nimbé d’une fascination, notamment quant aux qualités de copie et de reprise d'œuvres. L'escroc, lui, se rapproche davantage du monde financier et peut se voir considéré comme l’acteur d’une machination, ou d’un montage visant à subvertir une certaine somme d’argent, sans création tangible. Son image de personnage insaisissable, fourbe et cruel, fait émerger une fascination différente dans l’imaginaire contemporain. Il convient alors d’interroger ces qualifications, notamment en identifiant des exemples qui les contredisent et permettent de suivre l’évolution de ces mentalités au fil du temps. Déjà considérés comme des « types » de criminels, au sens phrénologique et anthropométrique du terme à la charnière de la fin du XIXe-début du XXe siècle14. Ces deux catégories de personnages jouent un très grand rôle tout au long de la période concernée (les faux-monnayages du général Savary15 sous le Premier Empire ou les faux manuscrits produits par Denis Vrain-Lucas sous le Second Empire16), mais les plus célèbres d’entre eux prennent place au cœur d’une Troisième République marquée par des scandales financiers, que ce soit l’affaire du canal de Panama, du trafic de médailles ou de l’affaire Stavisky, dont la chute amène de manière indirecte à la démission du gouvernement Chautemps II et à la journée du 6 février 193417. Les agences de presses, parmi lesquelles Rol et Meurisse, envoient d’ailleurs leurs reporters photographier ces escrocs dont les noms ne nous parlent plus aujourd’hui18, mais dont l’image se voyait alors largement diffusée dans les canaux d’information les plus communs.

A la fois auteurs de délits, mais également moteurs d’une fascination populaire, les escrocs tiennent autant du mythe que de la figure du petit gangster, largement dépeint dans les feuilletons journaliers. Nous souhaitons donc interroger les petits escrocs et/ou les délinquants peu traités dans l’historiographie contemporaine, et notamment les figures gravitant autour de profils plus célèbres. Ceux-ci, dont les trajectoires sont traçables au cœur des titres de presses parfois les plus confidentiels, permettent d’écrire une histoire intime et empirique des comportements délictuels. Ils permettent à l’historien.ne de suivre le fil de la rouerie, et d’écrire une histoire renouvelée de la pratique du faux. Au-delà d’une simple lecture biographique, il s’agira surtout de faire apparaître les mécaniques et les manières de faire de la recherche sur ces personnages, et d’en dépeindre la méthodologie. Particulièrement attentif aux paramètres et outils mobilisés dans la démarche consistant à renouveler l’approche sur ce sujet, cet appel tient à mettre l’accent sur la recherche comme vecteur d’une meilleure compréhension d'épiphénomènes qui ne sont pas pour autant inintéressants. Au-delà d’une simple approche biographique ou prosopographique, qui peut structurer des analyses19, l’objectif de ce thème est d’approcher cet objet par la recherche et par les sources. Ces consignes s’articulent en axes, qui ne sont pour autant pas exclusifs et peuvent être dépassés :

Axe 1 : Le faux comme identité : trajectoires et vies

 

●       Les profils et leurs parcours.

●       Identités, relations, connexions.

●       Réseaux de sociabilités.

 

Axe 2 : Le symbolisme du faux, une histoire incarnée

 

●       Comment fait-on la valeur d’un faux ?

●       Une valeur ajoutée : physique et charisme du faussaire.

●       Expertise et manipulations en quête de l’authenticité.

 

Axe 3 : Contes et fables, une histoire romancée de l’être faussaire

 

●       Le rôle de la presse dans la dissémination de ces imaginaires.

●       Les littérateur.ices à la pointe d’une starification des escrocs ?

●       Retracer l’escroc par ses traces, archives et recensions d’une trajectoire.

 

Les propositions de communication, d’environ 300 mots, doivent s’accompagner d’une notice biographique et de l’affiliation universitaire. Merci d’envoyer vos réponses à pagedixneuf@gmail.com avant le 22 février 2026.
Les Doctoriales 2026 du Centre d’Histoire du XIXe siècle se tiendront le lundi 11 mai 2026. 
Comité scientifique et d’organisation : Maxime HENRIET, Alexandre LONGER, Loan PEUCH


1 Silvia Marzagalli, « La Méditerranée moderne, entre héritage braudélien et questionnements nouveaux à l’heure des histoires globale et connectée », Cahiers de la Méditerranée, 103, 2021, p. 37-53.

2 Mostafa Hassani-Idrissi (dir.), Méditerranée. Une histoire à partager, Montrouge, Bayard Éditions, 2013.

3 François-Charles Roux, en 1933, utilisait déjà ce terme sans y apposer la signification retenue ici, c'est-à-dire celle de l'assujettissement violent d’une région et ses populations par un empire. Roux retient la notion de “conquête” sur une terre “indigène”, donc sujette à se voir vassalisée. Il est intéressant alors de constater que l’historiographie contemporaine utilise à ce nouveau ce mot, mais davantage pour entériner le colonialisme avancé de cette entreprise, et dont le premier ressort, d’après la définition du CNRTL, est l’exploitation unilatérale des ressources. Voir Charles-Roux, F. « Bonaparte et l’indigène d’Égypte : grandeurs et misères d’une conquête coloniale », Revue Historique, vol. 172, n° 2, 1933, pp. 217–48 ; Sune Haugbølle, Roberto Mazza, « French and British colonialism and its legacy in the MENA region », in Dimitris Bouris, Daniela Huber, Michelle Pace (éd.), Routledge Handbook of EU–Middle East Relations, Londres, Routledge, 2011.

4 Robert Mantran, « Les débuts de la Question d’Orient (1774-1839) » in Robert Mantran (dir.), Histoire de l'Empire ottoman, Paris, Fayard, 1989, p. 439-458.

5 Costantino Paonessa, « La contestation de la « réforme » en Égypte à la fin du XIXe siècle : anarchistes et soufis

», Émulations [en ligne], Varia, mis en ligne le 10 février 2022.

6 Odile Moreau, L’Empire ottoman au XIXe siècle, Paris, Armand Colin, 2020, p. 87-108.

7 Mehmet Besikci, The Ottoman Mobilization of Manpower in the First World War. Between voluntarism and resistance, Boston, Leiden, Brill, 2012.

8 Edward W. Said, Postcolonial criticism, Londres, Routledge, 2009, résumé du livre.

9 Julie d’Andurain, Les troupes coloniales. Une histoire politique et militaire, Paris, Passés composés, 2024.

10 Benjamin Deruelle, Arnaud Guinier (dir.) La construction du militaire. Volume 2. Cultures et identités combattantes en Europe de la guerre de cent ans à l’entre-deux guerres, Paris, Éditions de la Sorbonne, 2017.

11 Christine Descatoire, Frédéric Tixier (dir.), Faux et faussaires. Du Moyen Âge à nos jours, Paris, Grand Palais Rmn/Flammarion, 2025.

12 Sorbonne - Identités, Relations Internationales et Civilisations de l’Europe.

13 Ibid.

14 Bouchereau et Grasset, « Quelques caractères anthropométriques du type criminel en Auvergne et sa comparaison avec le type normal », Publications de la Société Linnéenne de Lyon, 1906, n° 25 pp. 15-20.

15 Mathieu Bidaux, « La fabrique de la confiance : l’impression des billets la construction technique d’une crédibilité monétaire (1800-1945) », Revue française d'histoire économique, 2022/2, n° 18, pp. 22-37.

16 Raymond-Josué Seckel, « Enfin un autographe authentique de Vrain Lucas », Revue de la BNF, Paris, Bibliothèque nationale de France, 2010/1, n° 34, p. 75-76, [en ligne], URL : https://shs.cairn.info/revue-de-la- bibliotheque-nationale-de-france-2010-1-page-75?lang=fr.

17 Jean Vigreux, Histoire du Front Populaire, Paris, Tallandier, 2016, p. 35.

18 Agence Rol, Rollin, escroc, 1927, photographie sur verre, 18 x 13 cm (sup.), BNF, départements des estampes et photographies, EI-13 (1464) ; Ibid, 5/1/34, affaire des fausses pièces, [André] Flambard, Me [Léon] Crutians, 1934, photographie sur verre, 13 x 18 cm (sup.), localisation identique, EI-13 (2086) ; Ibid, 7/2/34, arrestation du faux millionnaire de la Loterie, [Léon] Moity, 1934, photographie sur verre, 13 x 18 cm (sup.), localisation identique, EI-13 (2103).

19 Victor Gysembergh, « La réputation sulfureuse de Natale Conti, helléniste faussaire », dans Céline Bohnert et Rachel Darmon (dir.) La Mythologie de Natale Conti éditée par Jean Baudoin Livre I (1627), Reims, Épure, 2020

; Jestaz Bertrand, « Desiderio da Firenze bronzier à padoue au XVIe siècle, ou le faussaire Riccio », Monuments et mémoires de la Fondation Eugène Piot, tome 84, 2005, pp. 99-171.